VeloFollies 2026

Je reviens du plus grand salon du Benelux, à savoir VeloFollies, qui se tient chaque janvier aux halles de Courtrai. Ce n’est pas vraiment un salon commercial car, à part une paire chaussettes et un T-shirt, vous ne pouvez pas y acheter de vélo. C’est donc un salon de présentation de ce qui se fait aujourd’hui dans le monde du cycle. Enfin … pas tout à fait. On devrait plutôt parler de ce que les fabricants voudraient que le monde du cycle devienne.

Le monde du cycle est en crise, c’est un fait. La période Covid a boosté les ventes et c’est une très bonne chose. Les usines ont commencé à produire à tour de roue et à inonder le marché. Elles avaient juste oublié que les cyclistes ne changent pas de bécane chaque année. Alors, en bons ( ?) vendeurs, que font-elles ? Facile : elles créent des désirs en les transformant en besoins.

Vous roulez en Vtt ? Pfff … c’est « has been ». Roulez donc en Gravel, c’est tellement mieux de se ramasser la moindre aspérité directement dans le fondement. Si vous n’êtes pas de cet avis, pas de problème, nous avons ce qu’il vous faut, le Saint-Graal de 2026 : le Vtt équipé de roues de 32 pouces. C’est l’avenir. Croyez-nous ! C’est tellement chouette d’en accrocher un à votre porte vélo et de choper tous les arbustes au bord de la route.

Petit retour en arrière. Il y a une vingtaine d’années, tous les Vtt utilisaient des roues de 26 pouces. Ce format était apprécié pour sa maniabilité et sa capacité à la relance, même si ce dernier point concernait surtout la compétition. Ensuite, est apparu le 29 pouces offrant un meilleur franchissement, une meilleure adhérence et un meilleur confort. Ces éléments ont été révélés en compétition et le format a été adopté.

Vers 2014, l’industrie fait un petit pas en arrière avec un format de roues intermédiaire : le 27.5 pouces. Même s’il a été adopté en compétition, ce format a été ensuite abandonné par les sportifs qui se trouvaient à l’aise sur leurs 29 pouces. Aujourd’hui encore, le 27.5 fait de la résistance sur les « mulets » : 29 pouces à l’avant, 27.5 à l’arrière.

Aujourd’hui, le 29 pouces est un standard établi et utilisé dans tout le monde du vtt.

En 2025, le monde du cyclisme de montagne est en roue libre. Toutes les nouveautés sont cosmétiques et l’industrie peine à relancer ses lignes de fabrication. Et là, un coup de génie : « et si on lançait des vélos avec des roues de 32 pouces ? Le temps de vendre le concept et dans une dizaine d’années, nous proposerons une taille intermédiaire, disons 30.5 pouces. Tout cela nous ferait encore tenir jusque la moitié du siècle« .

« Vous faites plus de 1m90 ? Alors, n’hésitez pas : le 32 est fait pour vous. On se demande même comment vous avez pu vous en passer jusqu’aujourd’hui. »

Rappelez-vous : « transformer le désir en besoin ».

En attendant, voici un avant goût du projet vélo des années 2050 qui fera, je n’en doute pas, un tabac.

Aujourd’hui, les entreprises, principalement leur département marketing, font clairement des différences entre les vélos de cross-country, ceux de route, les Gravel, les VTT.

Le but de ces entreprises est bien entendu d’écouler leur production et on ne peut pas les en blâmer mais, en regardant un vélo XC, de route et un Gravel, on ne peut quand même pas s’empêcher d’y voir, comme qui dirait … un air de famille. Il est notable que Toon Aerts a gagné le dernier championnat d’Europe de cross-country sur un vélo … de route (un Orbea Orca).

Toon Aerts

On peut bien entendu chipoter sur les mensurations propres à chaque discipline en disant pour le XC, il faut un vélo plus « ceci » alors que le Gravel est moins « cela ». Un professionnel y trouve certainement son compte mais, pour l’ignare que je suis, ce ne sont que des détails cosmétiques et surtout une source quasi inépuisable d’idées marketing.

J’avoue ne plus avoir utilisé un vélo de route depuis de très nombreuses années et surtout depuis avoir sorti un cycliste éjecté dans un ravin par un camionnette qui n’avait pas demandé son reste. Cela m’a refroidi et depuis lors, je me suis transformé en vététiste. J’y ai retrouvé le plaisir de rouler dans la nature sans trop me préoccuper des autres engins avec lesquels je dois partager le chemin. Ce qui me conforte encore plus, c’est qu’il ne se passe pas un jour sans que je ne lise un article sur un cycliste qui s’est fait renverser par un automobiliste ou qu’un autre s’est pris une portière de voiture de BPost.

De temps à autres, il m’arrive de rouler avec des amis « graveleux » et je me suis rendu compte que je ne pouvais pas rouler n’importe où avec eux. Très souvent je me dois de partager la route avec des « bitumeux » pour qu’ils ne risquent pas d’abimer leur belle machine.

Les salons Vélofollies, Eurobikes et Cyclingworld de l’année dernière faisaient d’ailleurs la part belle aux Gravel. En dehors des vélos de ville motorisés, on n’y voyait que du Gravel à chaque allée. Et je gage que les salons de 2026 en feront de même. Faut-il que les fabricants de vélos soient aux abois au point de pousser le cycliste lambda vers un achat auquel il ne penserait même pas en temps normal ?

Sur mon VTT, j’ai dessiné des traces de Gravel, emprunté le circuit de cyclocross de Namur et roulé sur la route quand c’était nécessaire. En résumé, je n’ai jamais été bloqué dans ma pratique cycliste. Je vous concède qu’un « vrai » vélo de cyclocross aurait mieux convenu à Namur ou qu’un « vrai » Gravel m’aurait permis d’avancer plus rapidement sur un sentier mais, dans le fond, quand on se pose un instant et qu’on y réfléchit bien, est-ce vraiment nécessaire ? D’autant que je peux équiper mon VTT de roues mieux adaptées.

Mon VTT a bien entendu des limites, il n’est pas conçu pour la DH ni pour la Rampage mais j’accepte ces contraintes car ces disciplines ne m’intéressent que visuellement.

Si vous avez lu jusqu’ici, vous avez compris que, en ce qui me concerne, les Gravel ne sont qu’une variation moins confortable et moins versatile du VTT et qu’il en va de même pour les vélos XC vis-à-vis de ceux de route.

En regardant ce nouveau modèle de Scott, je me dis qu’un fabriquant de cycle est en train de produire une variation de Gravel qui se va terminer comme un VTT, comme un retour aux sources. Le cycle ( !) sera ainsi complet.

(c) Vojo

Il y a quelques semaines, Trek a sorti un … on s’accroche … vélo de gravel avec fourche ET amortisseur (un full-suspendu, quoi). Moi, j’appelle cela un VTT avec des cocottes. Quand je vous disais que le serpent commence à attraper sa queue.

C’est bien entendu un avis tout personnel. Ce qu’il en reste, c’est que le cyclisme est un plaisir, quelle que soit la machine sur laquelle on pose ses fesses.

I had a dream …

Cette nuit, j’ai fait un rêve … qui a quand même commencé comme un cauchemar. Nous pédalions sur un chemin quand, tout à coup, nous avons été poursuivis par une meute d’automobilistes mabouls, le volant entre les dents – littéralement – essayant de nous renverser et une cohorte de trottinettistes nus, entièrement glabres et intégralement peints en blanc, comme les War Boys de Mad Max, tentant de nous envoyer dans le fossé à coups de Doc Martens. Tout cela sous les huées et quolibets d’une foule de piétons armés de pics à glace, probablement mus par leurs instincts de base.

En les fuyant, nous sommes passés devant un grand trou dans le sol, un très très grand trou, comme un terrier quoi … devant lequel un petit lapin blanc nous faisait signe de le suivre. Il avait les pattes noires, comme des bottes en cuir et, sur sa tête, trônait un chapeau melon avec deux ouvertures pour laisser passer ses oreilles. Ni une ni deux, nous avons plongé dans le terrier par une piste simple et nous sommes arrivés dans un monde aux antipodes du nôtre.

Toujours dans mon rêve, on y trouve une circulation calme où chacun dispose de son propre chemin. Les voitures, les vélos et les piétons circulent sur des voies séparées et, quand ce n’est plus possible, le plus gros s’adapte au rythme du plus petit.

Il y a des routes où tout le monde peut circuler mais les automobilistes ne sont pas autorisés à dépasser les deux roues. Et cela fonctionne, les voitures roulent à la pédale. Il faut dire qu’on ne risque pas de louper ces endroits : chaque carrefour est entièrement peint en bleu avec un texte rappelant l’usage. Et pour ceux qui auraient trop de trous dans le gruyère, de grands panneaux rappellent ce qu’il en est ainsi que l’amende qui, en général, se résume à un étêtage en règle, comme pour les voleurs de tartes.

Dans la ville, la vitesse des voitures est limitée à 50 km/h mais on trouve beaucoup de panneaux routiers qui limitent encore cette limitation à 30 km/h entre 22h00 et 06h00 dans le but de limiter les nuisances sonores (c’est précisé sur le panneau). C’est bien limité, hein ?

Il faut bien dire que les contrevenants s’exposent à des poursuites de la part des cartes de la Reine Rouge, cela ne fait pas un pli ! En parlant de pli, nous avons quand même noté que les routes locales n’en n’avaient pas un seul, de vrais billards.

Dans certaines rues, on trouve des panneaux pour demander aux usagers de ralentir car il y a des chats qui circulent. Je suppose qu’ils doivent avoir trop de gosses car il n’y a aucun panneau pour ceux-là.

Toujours dans mon rêve, nous avons pris le train. Bizarrement, dans cet endroit magique, ils sont propres et n’ont pas ces peintures hétéroclites que l’on trouve sur nos trains de banlieue. Il n’y a même pas de fleur blanche repeinte en rose sur leur carrosserie.

Dans les gares, les cartes de la Reine de carreau ont eu une idée géniale à laquelle personne n’avait jamais pensé : quand le train s’arrête devant le quai, le niveau du quai est exactement identique à celui de la plateforme du train. Il n’y a pas de marche et même les petites souris grises peuvent s’installer dans le wagon sans devoir escalader. Et pour les simili-tortues qui n’arriveraient pas sur le quai, elles trouvent toujours un ascenseur qui fonctionne.

A un moment, j’ai eu une hallucination (une hallucination dans un rêve, il faut quand même le faire) : les Valets de carreau ont eu l’idée extraordinaire de faire coïncider les heures d’arrivée et de départ des trains avec celles indiquées sur les grands plannings de toutes les gares. Bon, d’accord, c’est un rêve et un pays merveilleux mais avouez quand même que cela vous la coupe, hein, votre carte d’abonnement.

Dans mon rêve, il y avait aussi des magasins sans personnel où il suffit de se servir et de mettre l’argent dans une boîte en métal.

Au cours de nos pérégrinations, dans une montée vers un massif forestier, nous avons rencontré un dahut que nous avons essayé de suivre sans y arriver. Une fois au sommet, nous sommes tombés nez-à-nez avec un immense château qui, au fur et à mesure de notre avancée, se transformait en blockhaus multicolore.

Juste à côté, était installée une espèce d’abri de jardin en bois, pas très grand, à peine un mètre sur un mètre et de la hauteur … d’un abri de jardin. Avec précaution, nous avons ouvert la porte pour tomber dans … une toilette … sèche. Avec tout le nécessaire nécessaire pour ce que l’on y fait habituellement. Il y avait même un pisssoir (sic). Un délire en rêve.

A ce sujet, nous avons remarqué que, même en pleine forêt, tous les habitants concernés tenaient leur chien en laisse et disposaient d’étranges sachets servant à recueillir les crottes de leurs animaux. J’ignore que qu’ils en faisaient mais je suppose que cela devait servir à un culte religieux local.

Toujours dans notre rêve, les forets locales sont parcourues de chemins balisés qui indiquent la direction mais également la distance au prochain point.

A l’orée d’un bois, nous avons rencontré une biche sur un vélo. Elle s’appelait Duchesse Kristina et travaillait dans une banque. Nous l’avons suivie dans un terrain spécialement aménagé pour les vélos comme les nôtres, plein de racines, de cailloux, d’arbres et de virages. Je m’apprêtais à lui demander de quel type de banque il s’agissait quand un petit oiseau a donné des coups de becs sur la fenêtre et que je me suis réveillé dans ma chambre d’hôtel au bord du lac de Constance, aux frontières suisse, allemande et autrichienne.

Quel dommage que cela ait été un rêve. En tous les cas, ma Reine de Cœur, elle, était ravie.

Eric

Références :